Pastille Cahier #5

Michèle Lorrain

La surface des jours

Vernissage: jeudi 22 novembre 17h (précédé d'une rencontre avec l'artiste dès 16h30)

Michèle Lorrain nous propose une suite picturale apparentée aux « miroirs noirs », cet instrument optique apparu à la Renaissance et dont les peintres se servaient jusqu’au 20e siècle pour « objectiver » la composition d’un tableau. Ce sont en fait, on le constatera, des horloges au verre bombé et dont le cadran a été remplacé par une surface picturale. L’encre noire à l’huile permet des espace sans fins, une obscurité d’où surgissent les motifs esquissés. Michèle Lorrain poursuit ici sa recherche des modalités narratives, une exploration du temps, un intérêt pour l’espace architectural.

Michèle Lorrain n’a de cesse d’explorer les capacités infinies de l’espace pictural à intégrer ses récits. Ce sont des fragments d’histoires, intimistes, effleurés, mystérieux et éminemment poétiques. Toujours, l’architecture occupe une place de premier plan, comme scène privilégiée de cette fiction. L’image, sa réflexion, les effets d’apparition et de disparition, constituent le fil rouge de cette production récente.

L’exposition regroupe quelques suites picturales dont celle des Miroirs noirs , dont les surfaces picturales sont intégrées aux cadres d’horloges récupérées. Une évocation du temps, de sa fuite, mais aussi celle de la perte et de l’altération du réel. Car de ces fonds très sombres se détachent des silhouettes d’architectures et de personnages dont on ne peut reconnaître les traits. Comme s’il s’agissait de conserver les grandes lignes d’un paysage sans artifices et surgi de l’ombre. Parfois, sur les surfaces vitrées de ces objets quotidiens détournés, apparaît notre propre image qui s’amalgame alors aux récits proposés.

Ailleurs, trois grandes formes circulaires et réfléchissantes, tels de grands disques noirs ou d’un gris anthracite, réfléchissent également notre silhouette. Elles évoquent les surfaces vitrées rencontrées si souvent dans l’espace public de la ville et semblent attirer la rue dans l’espace de la galerie. Puis, pour la toute première fois, l’artiste présente une projection vidéographique qui introduit le mouvement dans cette suite d’impressions visuelles. Partout, Michèle Lorrain souligne la distance qui s’opère de l’objet réel à son image furtive.

Michèle Lorrain détient une maîtrise de l’UQAM (1986). Elle a enseigné au cegep de La Pocatière de 1998 à 2012. De plusieurs expositions solos, depuis les années 80, notons: Circa (2007), le Musée d’art contemporain des Laurentides (2003), Plein Sud (1999), SKOL (1995), le Musée régional de Rimouski (1992), Oboro (1991), la chambre blanche (1990, 1987). Elle participe à plusieurs expositions collectives dont, récemment: Art souterrain, Montréal (2012) et Baltique des Chaleurs, organisé par Vaste et Vague et le centre culturel KlubZak, en Pologne (2007-2008). Michèle Lorrain a réalisé plusieurs projets d’intégration de l’art à l’architecture depuis vingt ans. Elle fut initiatrice et coordonnatrice des événements Art nature à La Pocatière (2002-2009), membre du Comité de direction artistique de la Biennale internationale du Lin de Portneuf (2008-2011) et membre du Conseil d’administration d’Est-Nord-Est, à Saint-Jean-Port-Joli (2008-2012).

Voir l’entrevue-vidéo avec Michèle Lorrain, produite par l’équipe étudiante de la Galerie des arts visuels

Photo : Marion Gotti