Projets des étudiants

Roxy Russell

Inépuisable, 2019, morceaux d’écorce de bouleau et fil métallique, 45×300 cm

Mon champ de recherche est centré sur la perception du temps, de l’éphémère et la cohabitation entre le naturel et le culturel. En utilisant des végétaux que je cueille localement et en m’inspirant des paysages régionaux, mes œuvres reflètent mon passage à travers l’environnement dans lequel je me trouve. Bien que j’ai pu explorer avec plusieurs médiums, j’utilise principalement du fil pour coudre, crocheter et tisser.

Que ce soit par la trace de mes pas sur une ficelle, une plante qui flétrit dans un tissage ou un paysage brodé, des éléments éphémères sont mis en avant et suggèrent une tension entre la fragilité des composants et la dureté des processus. Les méthodes utilisées demandent une répétition systématique du même mouvement, ce qui insinue une certaine endurance et procure des irrégularités tout comme l’imprédictibilité de la vie. Actuellement, mes travaux se présentent le plus souvent sous forme de rouleau, ce qui accentue la sensation de continuité temporelle.

 

Philip Gagnon

Ma recherche artistique s’articule par une expérimentation conceptuelle, contextuelle et interdisciplinaire autour des limites dans le milieu de l’art. J’ai un penchant pour les médiums qui ne sont pas perçus d’emblée comme artistiques. Une médiation difficile à voir, la vente d’œuvres qui ne sont pas miennes, des courriels demandant l’impossible et des contrats aux articles absurdes en sont quelques exemples. Malgré tout, je peux user de médiums plus répandus, dépendamment des contextes de production et de présentation. Il m’arrive souvent de toucher au droit et à l’économie, ainsi qu’à d’autres disciplines extérieures à l’art. Je tends vers l’interdisciplinarité, car cela titille les précieuses disciplines du milieu. Puisque les esthétiques découlent des contextes, elles sont pour moi de simples outils faisant référence à l’histoire. L’esthétique « conceptuelle » est assurément celle que je préfère.

J’adopte une posture proche de celle du trickster afin de développer ce que j’appelle la «taquinerie institutionnelle». Au travers de la taquinerie, je désire révéler les paradoxes, les contradictions et les malaises reliés aux conventions du milieu, générer des réflexions critiques et créer des espaces de partage.

 

Pauline Gransac

Sphénoïde en trois morceaux (numéro 3) Graphite sur papier, 19×19 cm, 2019

Je m’intéresse aux comportements du vivant, et plus particulièrement aux regroupements d’individus, aux instincts de survie et aux phénomènes d’intelligence collective, surtout chez les insectes et les oiseaux. Mes recherches, qui s’expriment principalement par le dessin, tentent de mettre en lumière les relations entre des phénomènes de regroupements d’individus dans un but de survie, et la disparition identitaire qui en résulte.

Je travaille donc sur l’idée de masse et de multitude, de l’individu et de sa disparition par sa multiplicité. Je questionne également le rapport que j’entretiens avec le dessin: dans un va-et-vient constant entre abstraction et figuration, j’explore cette ambivalence en poussant le dessin naturaliste de plus en plus loin dans le détail, jusqu’à en oublier ce que je suis en train de dessiner.

La représentation de l’oiseau et le principe d’accumulation sont deux éléments inhérents à mon travail. Dans un processus lent et presque méditatif, j’assemble des éléments du réel en manipulant leur échelle et en les multipliant jusqu’à les dénaturer. Décontextualisés, oiseaux et insectes deviennent alors un amas de plumes, d’écailles et de pétales à mi-chemin entre le vivant, le minéral et le végétal.

 

Lucie Gagnon

La nappe blanche

D’œuvre en œuvre, ma démarche artistique est axée sur la capture de l’intensité, de la densité et la diversité des images issues de mon imaginaire et sur leur mise en évidence. J’applique à ma manière de peindre l’étiquette de multilemma, un terme anglais qui rend compte de situations où on est en face de plusieurs choix, contrairement au dilemme où il n’y en a que deux. Le foisonnement initial qui assure cette abondance est issu d’un processus typiquement surréaliste de superposition aléatoire de taches de couleur duquel affleurent des esquisses à demi complètes de silhouettes animales et humaines.

Mon travail de maîtrise consiste à explorer l’ensemble des possibilités de mise en évidence de ces silhouettes de manière à illustrer avec le plus de force possible l’énergie et le foisonnement de la vie. Je veux en arriver à mettre en scène de manière sensible et exigeante un monde fantastique où toutes les créatures s’interpellent dans un ballet échevelé et extravagant, où figures et espaces se confrontent et se confondent, et où des mondes étranges et merveilleux invitent à la rêverie et à la contemplation. 

 

Laurence Gravel

Laurence Gravel, L’opérette en deux actes,
vidéo performance 1024×768 pixels, environ 24 minutes, 2019-2020.
Capture d’écran

La recherche artistique de Laurence Gravel s’articule actuellement sur le concept de beauté par l’entremise d’une société d’élite. Celle-ci est construite à la fois comme un hommage et une parodie, elle fait référence à des époques historiques qui la fascinent. L’hommage se manifeste par l’idéalisation de ces époques par le romantisme qu’elle lui transmet. Cette approche volontairement ambiguë l’a mené à pratiquer la performance et le jeu d’interprétation. C’est par ce jeu, souvent inégal et maladroit, qu’elle utilise la parodie comme fil conducteur à ses actions. Les différents protagonistes autant masculins que féminins, sont interprétés par l’artiste. Ceux-ci se développent à travers plusieurs mediums, soit la vidéo, l’installation et le collage numérique. Déguisés et maquillés à l’envie, ils font échos à la mise en scène du quotidien, en plus de critiquer la notion de binarité. Afin de renforcer l’idée de conformisme et de simulacre, ceux-ci sont inspirés d’œuvres cinématographiques plus ou moins connues. Dans leurs finalités, ils participent à créer des univers narratifs décousus mêlant le mélodrame à la comédie.

 

Kevin Kaname Favère

Mon travail de création est un processus interrogeant la liberté de l’être humain à travers la métamorphose, l’hybridité et la mémoire. Il fait le lien entre nature et culture par un cycle de mise en abîme, plastiquement et conceptuellement. Le dessin est le principal médium de ma recherche plastique qui peut toutefois s’exprimer par d’autres médias et techniques mixtes. Mon intérêt pour l’hybride et la métamorphose montre souvent un fini proche du biomorphe, du chimérique, soulignant le lien entre la forme et la nature par des mécanismes comme la paréidolie. Mon travail stimule la perception du regardeur pour aller vers un enchaînement fractal de découvertes de formes et figures dans la contemplation, lui permettant de créer sa fiction.

Les travaux de Fred Deux, Francis Bacon, Jérôme Zonder, Gaëlle Chotard ou encore de Roman Opalka font partie de mes influences plastiques. Conceptuellement, il s’agit de Gilles Barbier, des écrits de Hermann Hesse, Friedrich Nietzsche ou encore d’Oscar Wilde. Ma réflexion lie rhizomatiquement beaucoup d’éléments plastiques et conceptuels de discipline dont les liens ne sont pas instantanément évidents, tout comme mes dessins paréidoliques, entre abstraction et figuration, agglomèrent des fragments issus des strates de ma mémoire pour les lier à celle du regardeur.

 

Jérôme Trudelle

Dans une pratique à mi-chemin entre la sculpture et l’installation, Jérôme Trudelle s’interroge sur la notion de dynamisme immobile découlant de notre capacité à percevoir et à reconstituer le mouvement dans un contexte d’immobilité. Par des stratégies de mise en espace, il manipule des objets et les met en relation dans le but de créer des espaces temporalisés, voire des événements sculpturaux. En exploitant des jeux d’intervalle, de vitesse fictive et de transition chronologique, l’artiste fait ressortir le potentiel narratif des objets pour raconter des déroulements d’actions construits de toute pièce et imaginés selon sa vision éclatée du mouvement. Avant de penser en termes de matériaux, de couleurs ou bien de formes, il pense en termes de déversements d’énergie, de trajectoires, de propulsions. De ses sculptures ressort ainsi un désir de faire durer l’espace. 

Cette approche réflexive est interreliée à une technique d’accrochage lui permettant de sculpter directement dans l’espace et d’exploiter les qualités esthétiques du fil de coton qu’il utilise pour la suspension des objets. Jérôme voit dans cette technique un potentiel à réénergiser la matière ; les objets suspendus s’animent, se dynamisent, se dissocient de tout caractère inerte qu’ils pourraient exsuder s’ils étaient placés au sol ou sur un socle. Ces morceaux de plâtre, ces objets du quotidien, ces retailles que l’artiste utilise dans ses œuvres dégagent un potentiel transformatif, une toute nouvelle présence, passant de passifs à actifs, de fixes à mobiles. L’objet est pour lui un véhicule d’énergie qu’il peut apprivoiser pour répondre à une vision dynamique précise.​

 

Isabelle Falardeau

Ma recherche porte sur la spatialisation de l’image et s’articule actuellement autour d’un questionnement sur le brouillage entre les notions de lieu et de non-lieu, de terrain-vague, de chantier et d’infrastructure. Je construis des modules faits de bois de charpente et contreplaqué et j’y explore instinctivement le rapport que le corps entretient avec le matériau et l’image. Je joue sur l’ambiguïté de leur présence et sur les limites de l’accès, partiel ou entier, à celle-ci. Ma pratique de la photographie et celle de la sculpture parlent l’une de l’autre. Dans un cadre installatif, elles évoquent le geste, le temps écoulé pour l’exposition en prise de vue, la surexposition, l’effacement, le temps pour construire, fabriquer, échafauder…

Je me penche sur la notion de paysage-matériau, avec laquelle je questionne le paradoxe du fragment, à la fois caractéristique de la rupture et de la complétude. Je m’intéresse aux territoires de mémoire, ceux avec lesquels je recompose des paysages brouillés subjectifs s’apparentant à des bribes de souvenirs. J’explore ainsi présentement la zone suburbaine où j’habite parce que je l’ai vue se transformer, se bâtir et s’effacer en alternance avec les années. En résulte une perception de la réalité comportant de multiples couches, à la fois distinctes et amalgamées, participant à la réflexion que je développe à l’intérieur de mon travail à la maîtrise.

 

Fanny H-Levy

Ces lignes qui t’ont fait, 2019
Impression, encre et grattage sur papier
Photo : Débora Flor

Ma recherche est habitée par la tension qui s’exerce entre la présence et l’absence, l’apparition et la disparition, le dedans et le dehors des figures. Ma pratique du dessin, volontairement rudimentaire et austère, sonde ces phénomènes sous différentes formes d’actions performatives. Elles ont lieu à l’atelier ou in situ dans différents lieux. La pratique se déploie par des actions de dessins, d’installations, de cocréations dans la communauté, et dans l’espace public par des dispositifs de dessin participatif. Dessiner est dans ma pratique une action non seulement artistique, mais aussi politique et sociale de résistance à l’effacement et à la disparition.

C’est par ces actions que je m’intéresse à la figure comme espace en friche à parcourir. La figure devient un territoire qui se re-trace, tentant de faire émerger les parcours fantomatiques du passé et les lignes d’un présent en devenir.

 

 

Étienne G. Rousseau

Abstraction V, acrylique sur toile, 121,92 x 101,60 cm, 2020

Ma pratique en art se conçoit uniquement en peinture orientée vers l’abstraction où je travaille la forme et la couleur exclusivement liées à mes états émotionnels. Ma préoccupation première tourne autour du principe de l’équilibre pictural qui consiste à répartir les éléments visuels dans un tableau de manière à harmoniser la composition et les proportions. Afin d’arriver à ce stade, mes peintures sont balancées selon leurs composantes picturales nécessitant ainsi une préoccupation constante du poids visuel de celle-ci. Ce terme s’établit en termes de pesanteur (légèreté-lourdeur) auprès des formes, des couleurs et des espaces (allégé-surchargé).

L’aspect de dualités entre deux notions plastiques (transparence-opacité, chaud-froid, clair-obscur, traits-masses, minceur-épaisseur, aplat-modelé, formes circulaires-géométrique) est aussi présent dans mon travail afin de créer ce que j’appelle des tensions spatiales. Ces rapports de dualité complètent, avec l’équilibre, le dynamisme visuel qui se construit devant nos yeux.

Composées d’un amas de masses de couleurs de différentes grosseurs et de formes aléatoires, mes peintures sont créées en majorité par des traces de vitesse. Travailler avec la peinture acrylique est un avantage puisqu’elle sèche très vite et qu’elle me permet de venir camoufler, juxtaposer, altérer ou foncer une ancienne couleur sans qu’elles se mélangent. La conception de mes toiles est un processus d’accumulation et de superposition de masses colorées qui se conçoit rapidement et instinctivement, dans l’esprit postmoderne qui suppose que l’œuvre s’édifie sans plan préétabli, selon ses propres avancées.

Voir la vidéo de son exposition de fin d’études

 

Érika LeBrun

L’intention liminaire de mon enquête est de questionner la nature même de l’activité artistique du point de vue de la poïétique. Concernée par une réflexion philosophique sur les questions existentielles, expérientielles et phénoménales intrinsèques au travail créateur, ma recherche s’intéresse à saisir concrètement et conceptuellement la relation de l’être au devenir à travers les processus dynamiques du faire inhérents à ma démarche transdisciplinaire en arts visuels. J’examinerai ainsi mon univers artistique afin d’y tracer une cosmologie ; elle est l’approche qui m’apparait la plus juste en vue d’étudier le grand contexte dans lequel ma pratique évolue. C’est donc à travers une phénoménologie cosmologique que je me propose d’explorer mon activité artistique afin d’y pénétrer le noyau actif; il est le principe générateur duquel émerge mon travail; il est la cristallisation de la matérialité de l’expérience temporelle issue de la performativité du geste créateur. Mon étude s’ancre ainsi sur une réflexion métaphysique de l’œuvrer à travers ma posture de chercheure qui se laisse conquérir par l’abstrus, le paradoxe et l’indicible. C’est donc avec la plus grande humilité qui sera ici tentée une esquisse de mon aventure d’artiste, en offrant un témoignage singulier de celle-ci. Les motivations profondes qui engendrent cette entreprise siègent parmi un désir abyssal de joindre mes observations, telle une goutte d’eau dans l’océan éternel du savoir. Mon expérience ainsi recensée, elle s’inscrira parmi une multitude d’écrits d’artistes-chercheurs qui ont tenté, dans un élan contingent au mien, de faire la lumière sur l’activité anthropologique sui generis que constitue la pratique des arts.

 

Andrée-Anne Laberge

Le foyer, 50x60cm, Graphite et encre sur papier yupo, 2020

Andrée-Anne Laberge établit un parallèle entre le traumatisme vécu sur le plan individuel et celui subi par notre environnement. Elle s’intéresse tout particulièrement au syndrome de choc post-traumatique et de son impact sur les fonctions neurologiques. La maison devient le symbole central pour mettre en image le traumatisme. Celui-ci survient lorsque certaines limites ne sont pas respectées et que l’on détruit ou abuse des ressources du territoire d’autrui. La frontière étant inhérente au concept de territoire, l’artiste s’intéresse à celles qui délimitent l’intérieur de l’extérieur. Son travail se présente sous forme de multiples dessins superposés et de sculptures de format miniature où la suspension dépeint la perception du temps modifiée propre à la catastrophe.

  • Années d’études: 2019-2021
  • Directeur de recherche: Jocelyn Robert

 

Alexanne Dunn

Ma démarche artistique se concentre présentement sur les territoires miniers de ma ville natale, Thetford Mines. La fermeture de l’industrie minière a exposé la population à des enjeux économiques, politiques, sociaux et environnementaux. Je porte un fort sentiment d’appartenance envers les paysages industriels de ma région; ce décor que je considère tout aussi grandiose que familier est profondément ancré dans mes souvenirs d’enfance. Je tente ainsi de dévoiler la complexité des relations que nous entretenons avec le paysage; une recherche qui ne se veut ni revendicatrice, ni critique, mais profondément sensible. Bien que les paysages confectionnés soient issus du réel, ils sont à mi-chemin entre figuration et abstraction, où les couleurs pastel déguisent les gris de la mine.