Projets des étudiant(e)s de maîtrise en arts visuels

Jérôme Trudelle

Dans une pratique à mi-chemin entre la sculpture et l’installation, Jérôme Trudelle s’interroge sur la notion de dynamisme immobile découlant de notre capacité à percevoir et à reconstituer le mouvement dans un contexte d’immobilité. Par des stratégies de mise en espace, il manipule des objets et les met en relation dans le but de créer des espaces temporalisés, voire des événements sculpturaux. En exploitant des jeux d’intervalle, de vitesse fictive et de transition chronologique, l’artiste fait ressortir le potentiel narratif des objets pour raconter des déroulements d’actions construits de toute pièce et imaginés selon sa vision éclatée du mouvement. Avant de penser en termes de matériaux, de couleurs ou bien de formes, il pense en termes de déversements d’énergie, de trajectoires, de propulsions. De ses sculptures ressort ainsi un désir de faire durer l’espace. 

Cette approche réflexive est interreliée à une technique d’accrochage lui permettant de sculpter directement dans l’espace et d’exploiter les qualités esthétiques du fil de coton qu’il utilise pour la suspension des objets. Jérôme voit dans cette technique un potentiel à réénergiser la matière ; les objets suspendus s’animent, se dynamisent, se dissocient de tout caractère inerte qu’ils pourraient exsuder s’ils étaient placés au sol ou sur un socle. Ces morceaux de plâtre, ces objets du quotidien, ces retailles que l’artiste utilise dans ses œuvres dégagent un potentiel transformatif, une toute nouvelle présence, passant de passifs à actifs, de fixes à mobiles. L’objet est pour lui un véhicule d’énergie qu’il peut apprivoiser pour répondre à une vision dynamique précise.​

 

Isabelle Falardeau

Ma recherche porte sur la spatialisation de l’image et s’articule actuellement autour d’un questionnement sur le brouillage entre les notions de lieu et de non-lieu, de terrain-vague, de chantier et d’infrastructure. Je construis des modules faits de bois de charpente et contreplaqué et j’y explore instinctivement le rapport que le corps entretient avec le matériau et l’image. Je joue sur l’ambiguïté de leur présence et sur les limites de l’accès, partiel ou entier, à celle-ci. Ma pratique de la photographie et celle de la sculpture parlent l’une de l’autre. Dans un cadre installatif, elles évoquent le geste, le temps écoulé pour l’exposition en prise de vue, la surexposition, l’effacement, le temps pour construire, fabriquer, échafauder…

Je me penche sur la notion de paysage-matériau, avec laquelle je questionne le paradoxe du fragment, à la fois caractéristique de la rupture et de la complétude. Je m’intéresse aux territoires de mémoire, ceux avec lesquels je recompose des paysages brouillés subjectifs s’apparentant à des bribes de souvenirs. J’explore ainsi présentement la zone suburbaine où j’habite parce que je l’ai vu se transformer, se bâtir et s’effacer en alternance avec les années. En résulte une perception de la réalité comportant de multiples couches, à la fois distinctes et amalgamées, participant à la réflexion que je développe à l’intérieur de mon travail à la maîtrise.

 

Fanny H-Levy

Ces lignes qui t’ont fait, 2019
Impression, encre et grattage sur papier
Photo : Débora Flor

Ma recherche est habitée par la tension qui s’exerce entre la présence et l’absence, l’apparition et la disparition, le dedans et le dehors des figures. Ma pratique du dessin, volontairement rudimentaire et austère, sonde ces phénomènes sous différentes formes d’actions performatives. Elles ont lieu à l’atelier ou in situ dans différents lieux. La pratique se déploie par des actions de dessins, d’installations, de cocréations dans la communauté, et dans l’espace public par des dispositifs de dessin participatif. Dessiner est dans ma pratique une action non seulement artistique, mais aussi politique et sociale de résistance à l’effacement et à la disparition.

C’est par ces actions que je m’intéresse à la figure comme espace en friche à parcourir. La figure devient un territoire qui se re-trace, tentant de faire émerger les parcours fantomatiques du passé et les lignes d’un présent en devenir.

 

 

Étienne G. Rousseau

Abstraction V, acrylique sur toile, 121,92 x 101,60 cm, 2020

Ma pratique en art se conçoit uniquement en peinture orientée vers l’abstraction où je travaille la forme et la couleur exclusivement liées à mes états émotionnels. Ma préoccupation première tourne autour du principe de l’équilibre pictural qui consiste à répartir les éléments visuels dans un tableau de manière à harmoniser la composition et les proportions. Afin d’arriver à ce stade, mes peintures sont balancées selon leurs composantes picturales nécessitant ainsi une préoccupation constante du poids visuel de celle-ci. Ce terme s’établit en termes de pesanteur (légèreté-lourdeur) auprès des formes, des couleurs et des espaces (allégé-surchargé).

L’aspect de dualités entre deux notions plastiques (transparence-opacité, chaud-froid, clair-obscur, traits-masses, minceur-épaisseur, aplat-modelé, formes circulaires-géométrique) est aussi présent dans mon travail afin de créer ce que j’appelle des tensions spatiales. Ces rapports de dualité complètent, avec l’équilibre, le dynamisme visuel qui se construit devant nos yeux.

Composées d’un amas de masses de couleurs de différentes grosseurs et de formes aléatoires, mes peintures sont créées en majorité par des traces de vitesse. Travailler avec la peinture acrylique est un avantage puisqu’elle sèche très vite et qu’elle me permet de venir camoufler, juxtaposer, altérer ou foncer une ancienne couleur sans qu’elles se mélangent. La conception de mes toiles est un processus d’accumulation et de superposition de masses colorées qui se conçoit rapidement et instinctivement, dans l’esprit postmoderne qui suppose que l’œuvre s’édifie sans plan préétabli, selon ses propres avancés.

Voir la vidéo de son exposition de fin d’études

 

Érika LeBrun

L’intention liminaire de mon enquête est de questionner la nature même de l’activité artistique du point de vue de la poïétique. Concernée par une réflexion philosophique sur les questions existentielles, expérientielles et phénoménales intrinsèques au travail créateur, ma recherche s’intéresse à saisir concrètement et conceptuellement la relation de l’être au devenir à travers les processus dynamiques du faire inhérents à ma démarche transdisciplinaire en arts visuels. J’examinerai ainsi mon univers artistique afin d’y tracer une cosmologie ; elle est l’approche qui m’apparait la plus juste en vue d’étudier le grand contexte dans lequel ma pratique évolue. C’est donc à travers une phénoménologie cosmologique que je me propose d’explorer mon activité artistique afin d’y pénétrer le noyau actif; il est le principe générateur duquel émerge mon travail; il est la cristallisation de la matérialité de l’expérience temporelle issue de la performativité du geste créateur. Mon étude s’ancre ainsi sur une réflexion métaphysique de l’œuvrer à travers ma posture de chercheure qui se laisse conquérir par l’abstrus, le paradoxe et l’indicible. C’est donc avec la plus grande humilité qui sera ici tentée une esquisse de mon aventure d’artiste, en offrant un témoignage singulier de celle-ci. Les motivations profondes qui engendrent cette entreprise siègent parmi un désir abyssal de joindre mes observations, telle une goutte d’eau dans l’océan éternel du savoir. Mon expérience ainsi recensée, elle s’inscrira parmi une multitude d’écrits d’artistes-chercheurs qui ont tenté, dans un élan contingent au mien, de faire la lumière sur l’activité anthropologique sui generis que constitue la pratique des arts.

  • Années d’études : 2019-2021
  • Directeur de recherche : Alexandre St-Onge
  • erikalebrunart.com

 

Andrée-Anne Laberge

Le foyer, 50x60cm, Graphite et encre sur papier yupo, 2020

Andrée-Anne Laberge établit un parallèle entre le traumatisme vécu sur le plan individuel et celui subi par notre environnement. Elle s’intéresse tout particulièrement au syndrome de choc post-traumatique et de son impact sur les fonctions neurologiques. La maison devient le symbole central pour mettre en image le traumatisme. Celui-ci survient lorsque certaines limites ne sont pas respectées et que l’on détruit ou abuse des ressources du territoire d’autrui. La frontière étant inhérente au concept de territoire, l’artiste s’intéresse à celles qui délimitent l’intérieur de l’extérieur. Son travail se présente sous forme de multiples dessins superposés et de sculptures de format miniature où la suspension dépeint la perception du temps modifiée propre à la catastrophe.

  • Années d’études : 2019-2021
  • Directeur de recherche : Jocelyn Robert

 

Alexanne Dunn

Ma démarche artistique se concentre présentement sur les territoires miniers de ma ville natale, Thetford Mines. La fermeture de l’industrie minière a exposé la population à des enjeux économiques, politiques, sociaux et environnementaux. Je porte un fort sentiment d’appartenance envers les paysages industriels de ma région; ce décor que je considère tout aussi grandiose que familier est profondément ancré dans mes souvenirs d’enfance. Je tente ainsi de dévoiler la complexité des relations que nous entretenons avec le paysage; une recherche qui ne se veut ni revendicatrice, ni critique, mais profondément sensible. Bien que les paysages confectionnés soient issus du réel, ils sont à mi-chemin entre figuration et abstraction, où les couleurs pastel déguisent les gris de la mine.